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"Fish pedicure"

 

La "Fish pedicure" non sans risque : Enfin un premier avis rendu officiellement

 

Face au développement d'une offre de soin dite « fish pedicure », pratique consistant à faire immerger les pieds d'un sujet dans un aquarium où des petits poissons appelés Garra rufa se nourrissent des peaux mortes par succion, l'Ordre national des pédicures-podologues a adressé par deux fois (mai et octobre 2011) au ministre de la santé et au Directeur général de la Santé une lettre ouverte . Ce concept actuellement commercialisé est en pleine expansion auprès des salons d'esthétique et des spas, mais fait aussi l'objet d'un démarchage spécifique auprès des pédicures-podologues. Notre institution est réellement concernée par les conditions d'hygiène, la vocation thérapeutique d'une telle pratique et craint qu'elle n'induise à court terme un problème de santé publique. Elle a demandé à la Direction générale de la santé s'il existait des recommandations ou avis concernant cette pratique.

 

C'est en partie donc grâce à l'action de l'Ordre* que l'ANSES : l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail a été saisie le 30 mars 2012 par la Direction générale de la santé (DGS) pour la réalisation de l'expertise suivante : « Évaluation des risques sanitaires liés aux pratiques dite de fish therapy ou des poissons docteurs » et rendue publique officiellement le 25 avril dernier.

*( cf. page 3 du rapport)

 

Pour mener à bien ce travail, l'Agence s'est appuyée sur l'expertise collective d'un groupe de travail multidisciplinaire réunissant des scientifiques spécialisés dans les risques liés à l'eau, la microbiologie, la santé des poissons, la dermatologie et impliquant deux de ses comités d'experts spécialisés.

 

Les points principaux sont les suivants :

 

  • En France la pratique de la « fish pedicure » n'est encadrée par aucune réglementation sanitaire spécifique.
  • Depuis 2010, l'offre de soins pédicure dite « fish pédicure » se développe de manière très importante en Europe, notamment en France, dans les établissements d'esthétique ou de « bien-être » où elle se met en place, le plus souvent en complément d'autres prestations. Il n'est pas possible de déterminer avec précision l'ampleur de cette pratique en France. Il semblerait que plusieurs centaines d'établissements proposent une activité de « fish pédicure », quelques dizaines seulement d'entre eux satisfaisant aux conditions légales d'ouverture.
  • Des cas d'infections bactériennes liées aux pratiques de l'aquariophilie et de la pédicurie ont été décrits.
  • Les données sur la qualité de l'eau au sein des établissements pratiquant la « fish pédicure » sont rares et il n'existe pas de données spécifiques sur la présence et la prévalence de micro-organismes pathogènes chez les poissons Garra rufa commercialisés en France.
  • En raison de la présence des poissons, il est impossible de maintenir une eau désinfectante dans les bacs utilisés pour la « fish pédicure » car cela les tuerait.
  • Certains usagers (diabétiques, immunodéprimés, usagers ayant des lésions cutanées aux pieds) constituent une population sensible à risque plus important d'infection.
  • La pratique de « fish pédicure » peut attirer plus particulièrement des personnes avec un épaississement de la peau (hyperkératose), susceptible d'être d'origine mycosique, qui ainsi augmentent, d'une part, le risque de contamination de l'eau et qui présentent, d'autre part, une sensibilité accrue aux infections.

 

Les conclusions de l'Agence : Des études supplémentaires sont nécessaires.


Considérant ces différents éléments et bien qu'il n'y ait actuellement pas de cas d'infection documenté lié à l'offre de soin pédicure dite « fish pédicure », l'Agence considère qu'il existe un risque potentiel de transmission d'agents pathogènes d'origine humaine ou animale par le biais de l'eau ou des poissons, au cours de la pratique de « fish pédicure ». Ce risque est probablement faible, hormis pour les populations d'usagers sensibles, cependant, en raison de l'absence de données, il n'est actuellement pas possible de quantifier ce risque. En conséquence, l'Agence recommande l'acquisition de données pour pouvoir caractériser plus finement le risque sanitaire et relever les cas d'infections liées à la fréquentation d'établissements proposant ce type de soin pédicure.


En outre, l'Anses estime nécessaire d'encadrer les pratiques de « fish pédicure » par une réglementation adaptée afin d'assurer notamment:

 

  • des bacs de « fish pédicure » contenant une eau garantissant la protection contre les risques d'infection pour l'usager ;
  • des procédures d'admission et d'hygiène des usagers, d'hygiène de l'établissement sous la responsabilité de personnels qualifiés ;
  • le contrôle et l'auto-surveillance du fonctionnement des installations, de la qualité de l'eau des bacs et de l'hygiène générale de l'établissement ;
  • l'obligation de traçabilité des lots et le contrôle sanitaire des poissons ;
  • l'information objective du public sur les dangers encourus lors de cette pratique;
  • l'information des personnels, y compris les travailleurs temporaires, les stagiaires et les personnels d'entreprises extérieures intervenant au sein de l'établissement, sur les risques d'infection, en particulier par des bactéries multirésistantes aux antibiotiques, et la nécessité du respect des règles d'hygiène au travail ;
  • la formation des personnels de ces établissements pour garantir leur sécurité et celle des usagers.

 

Enfin, l'Agence rappelle par ailleurs la nécessité de prendre en compte la réglementation relative à la faune sauvage captive régissant les conditions d'ouverture des établissements proposant la pratique de « fish pédicure ».

 

Au-delà d'une réelle politique de prévention des risques, du principe de précaution si souvent mis en avant, cette action est pour l'Ordre une opportunité de rappeler au grand public la compétence du pédicure-podologue et la distinction qui doit être faite entre une profession de santé règlementée et des professions de soins esthétiques et de bien être. L'exemple typique dans ce cas est la compétence pour diagnostiquer une plaie cutanée, une atteinte mycosique ou autres manifestations cutanées pathologiques...

 

 

En savoir plus :

AVIS de l'Anses relatif à l'analyse des risques sanitaires liés à la pratique d'immersion des pieds dans un bac d'eau contenant des poissons de l'espèce Garra rufa : http://www.anses.fr/fr/documents/EAUX2012sa0098.pdf